Sahel : quête de la surveillance satellitaire militaire

Paul AMARA, Consultant, Centre des stratégies pour la sécurité du Sahel Sahara, Centre4s.org

Après leur rupture, notamment avec les armées française et américaine, des pays du Sahel ont noué de nouveaux partenariats afin de disposer d’images satellitaires. Ces outils – bien précieux dans la lutte contre le terrorisme et les trafics de drogue, d’armes, d’or, de migrants, d’êtres humains, de cigarettes et de carburant – foisonnent. Dès novembre 2023, le Mali signait un mémorandum d’entente avec l’entreprise russe Glavkomos, spécialisée dans les activités spatiales. Cet accord lui a permis d’améliorer la couverture Internet, des télécommunications, de la télévision et de la surveillance du territoire.  D‘autres pays lui emboitèrent le pas, affichant des ambitions spatiales de plus en plus grandes. Ainsi envisagent-ils le lancement de satellites d’observation militaire, à plusieurs ou à titre individuel.

La surveillance militaire par satellite permet de détecter, en temps réel, des mouvements ennemis à plusieurs centaines de km à la ronde. Elle sert aussi dans l’observation continue des zones à risques, y compris dans les environnements hostiles et des plus inaccessibles par voie terrestre. Elle facilite un suivi serré des équipements ennemis et réduit les risques humains, en faisant économiser les missions de reconnaissance dangereuses au sol. En survolant, plus ou moins discrètement et librement l’espace, les satellites appuient les opérations militaires au travers d’activités d’observation, d’écoute et de communication. La visualisation par l’imagerie satellite militaire aide à localiser des camps terroristes, et d’agir en conséquence. Grâce à ces machines complexes, les armées du Sahel peuvent développer des réactions rapides face aux menaces djihadistes.

En 2026, les satellites fournissent des images de haute définition, quasiment en temps réel, assistées par l’intelligence artificielle (IA). L’interprétation de ces quantités de données est ainsi effectuée sans grand usage de l’intelligence humaine, facilitant des réactions promptes. Ce modèle de satellite de surveillance coûte, en moyenne, 300 millions d’Euros. Sa maintenance et exploitation restent aussi onéreuses. Leur miniaturisation et leur lancement en grappes peuvent réduire ce montant jusqu’à 40%. Malgré tout un défi financier pour les pays du Sahel.

De nombreux pays africains se dotent de satellites espions.

En cette année 2026, on estime à 410 le nombre de satellites espions en orbite, couvrant 93% de la planète[i]. En 2020, les pays africains suivants avaient lancé des satellites : Afrique du Sud, Algérie, Angola, Égypte, Éthiopie, Ghana, Kenya, Maroc, Nigeria et Soudan. Pionniers, par le truchement de décennies d’investissements stratégiques et de partenariats internationaux, l’Égypte et l’Afrique du Sud comptent, chacun, 13 satellites en orbite. Le Nigeria, avec 7 satellites, est un acteur clé en Afrique de l’Ouest. L’Algérie en possède six[ii]. Le Ghana a mis au point GhanaSat-1. Le Royaume du Maroc se montre leader, du fait de l’acquisition du satellite Mohamed VI A, d’une valeur de 500 millions de dollars. Officiellement, ce satellite évolue en vols stationnaires à des fins de télécommunications.

 D’autres pays africains, surtout sahéliens, doivent coopérer avec ceux-là ou compter sur les partenaires internationaux, ou encore opérer avec des drones. Ces derniers disposent de capacité de surveillance et de traitement de données bien moindres que les satellites. En revanche, ces vecteurs aériens peuvent aussi attaquer. Les trois pays de l’AES ont signé avec leur nouveau partenaire stratégique, la Russie, un accord de coopération spatiale à Bamako le 23 septembre 2024. Ce protocole a été paraphé avec Glavkosmos, filiale de l’agence spatiale russe, Roscosmos[iii]. Deux satellites sont au cœur de cette ambition. L’un sera dédié aux télécommunications, et promet une meilleure couverture Internet ainsi qu’une diffusion amplifiée de la radio et de la télévision. L’autre sera consacré à l’observation terrestre. Grâce à ses capacités d’imagerie à haute résolution, il devrait être d’un grand secours dans la surveillance des frontières et la prévention des risques d’insurrections.

En janvier 2026, spécifiquement, la Russie et le Burkina Faso ont commencé à envisager la construction d’un satellite de communications destiné à accélérer la transformation numérique du Faso : ouvrir la voie à des services de connectivité, de cartographie et d’alerte précoce. Devant être conçu pour couvrir la région du Sahel, le satellite aura aussi pour vocation de sécuriser les communications gouvernementales et renforcer la résilience des réseaux en période de crise[iv]. Parallèlement à la coopération sahélo-russe, le Niger, de son côté, a entamé une collaboration avec la Chine pour acquérir de l’imagerie satellitaire. Il coopère également avec l’Italie, qui déploie des unités de collecte d’informations, de surveillance et de reconnaissance. Le cadre de cet appui est la Mission de soutien italienne à la République du Niger (MISIN), forte de 350 à 400 soldats. Le Parlement italien a autorisé cette opération, depuis 2018, pour accroitre les capacités du Niger dans sa lutte contre les différents trafics et les menaces à sa sécurité. L’attaque terroriste de l’aéroport international Hamani-Diori, à Niamey, la nuit du 28 au 29 janvier 2026, a révélé que ce site ultrasensible se trouve sous surveillance satellitaire de l’entreprise américaine, Ventor Tech, spécialisée dans l’information spatiale[v].

En Libye, des avions et des satellites russes surveillent les positions de Daech, à l’Est et à sa frontière avec l’Égypte[vi]. En Mauritanie, fin septembre 2024, le ministère de la Transformation numérique et de la Modernisation de l’Administration a annoncé le lancement d’un projet stratégique visant à créer un programme spatial national pour les nano satellites[vii]. Le pays veut se doter d’un système spatial souverain au service de la sécurité, de la surveillance et du contrôle, ainsi qu’à étendre la couverture numérique à l’ensemble du territoire national. Au Soudan, les images satellites jouent un rôle important dans la mise en évidence des atrocités commises à El Facher[viii]. Ces images étaient le seul moyen de suivre la situation  dans une zone inaccessible, avec un réseau de communication défaillant.

Survols des pays sahéliens.

Le sous-équipement de l’Afrique de l’ouest, et du Sahel en particulier, fait que des puissances étrangères peuvent survoler librement leurs territoires. Le jour de la Noël 2025, sur initiative du gouvernement américain, eurent lieu des bombardements visant des combattants de l’État islamique (EI) dans l’État de Sokoto, Nigeria. La raison avancée est que le Nigeria laisserait se perpétrer un génocide et une persécution des chrétiens. Après des discussions entre les deux pays, un mois plus tard, il a été décidé que les avions nigérians mèneront, désormais, eux-mêmes, les frappes aériennes, sur la base d’images et de données collectées par des appareils américains de surveillance. De plus, c’est le Nigeria qui choisira les cibles et son armée recevra des États-Unis des drones, des hélicoptères, des plateformes aériennes puis des pièces détachées et des systèmes de maintenance indispensables à leur exploitation[ix]. Des équipements commandés par le Nigeria ces cinq dernières années mais non encore livrés. Le Nigeria mène sa guerre contre les djihadistes à travers une  surveillance aérienne américaine, car elle n’en possède pas et ainsi sa dépendance stratégique.

Donald Trump a menacé le Nigéria de nouvelles frappes, si jamais des chrétiens étaient encore tués. Le général John Brennan, du Commandement des États-Unis pour l’Afrique (AFRICOM), a déclaré dans une interview, en marge de discussions entre Washington et Abuja[x], que le Pentagone maintient une coopération militaire avec les trois pays de l’AES. Il ajouta que les États-Unis continuent de partager des informations avec le Nigéria car le changement de partenariat, en matière sécuritaire, est parfois risqué.

À l’issue d’une embuscade attribuée à l’État islamique au grand Sahel (EIS), dans l’ouest du pays, à Tillabéri et ayant occasionné la disparition de 135 membres de la Garde nationale, le Niger pris une décision majeure. Début mai 2025, il mit fin aux accords de coopération en matière de renseignement avec la Russie et la Turquie, dénonçant la faiblesse opérationnelle des équipements et des techniciens fournis par les deux partenaires dans le domaine du renseignement numérique[xi]. En remplacement, le Niger a engagé une société marocaine du même domaine. Mais l’accord est rompu dans l’urgence, après la révélation d’un lien indirect avec un prestataire privé français. Ce qui, au regard de la rupture avec Paris, depuis le coup d’État de juillet 2023, est dur à accepter. Le Niger a ordonné immédiatement le démantèlement du dispositif, Et, voici les États-Unis revenir proposer leurs services.

 

 1.Philip Archer Publié: 21 juin 2025 Catégorie: Politique Surveillance militaire par satellite, satellites espions, reconnaissance satellite militaire, applications stratégiques satellite

  1. Afrique : voici les pays africains qui ont le plus de satellites :

04/01/2025 par Amos Traoré https://lanouvelletribune.info/2025/01/afrique-voici-les-pays-africains-qui-ont-le-plus-de-satellites/

3. L’Afrique, un continent tourné vers le ciel et la course aux satellites,  Posté le 7 février 2020 par Chaymaa Deb dans Matériaux

  1. Publié le 25 septembre 2024 à 17:26 – Maj 25 septembre 2024 à 19:15 Au Sahel, la guerre prend la route du ciel et de l’espace – l’Opinion Pascal Airault
  2. 28 janvier 2026 La Russie Et Le Burkina Faso Envisagent Un Satellite De Télécommunications Pour L’Alliance Des États Du Sahel
  3. satellites de reconnaissance militaire en libye – Recherche

7 ; 30/09/2025 La Mauritanie se prépare à créer un programme spatial national pour les nanosatellites | MADAR

  1. Au Soudan, des images satellite pour témoigner des massacres d’El-Facher | Le Devoir, 26 octobre 2025
  2. 23/01/2026 par Gildas Amoussou Nigeria : les USA vont livrer le matériel militaire commandé au cours des cinq dernières années – La Nouvelle Tribune
  3. FRANCE 24, lun. 26 janvier 2026 à 8:01 AM UTC+1 Les États-Unis renforcent leur coopération avec le Nigeria contre le groupe État islamique – Yahoo Actualités France
  4. ISI Renseignement militaire : le Niger met fin à sa coopération avec la Russie

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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