Des relations internationales bouleversées

Ahmedou Ould Abdallah, Président Centre de Stratégie Sécurité Sahel Sahara (centre4s.org)

Danger énorme et déjà réel dans les faits humains et économiques depuis plus de trois semaines! La guerre lancée contre l’Iran vient aggraver les troubles et les inquiétudes dans un monde déjà bouleversé et impuissant face à celle qui se déroule en Ukraine et aux massacres à Gaza. Sans parler des guerres civiles en Afrique, en particulier celles qui détruisent le Soudan et le Sahel.

 Un monde où le respect des valeurs et des principes ‘’ d’entente, de paix et de coopération  entre Etats,’’ naguère le fondement du système international, sont aujourd’hui ouvertement mis en cause par leurs fondateurs et gardiens institutionnels. Et de plus au détriment de tous les pays et pas seulement de ceux du Sud ! Capital moral et politique des démocraties occidentales et honorable couverture de leur passé colonial et des crimes des deux guerres mondiales du XX siècles, la Charte des Nations, en particulier l’article 2 para 7, soit la non-ingérence dans les affaires intérieures de Etats, se doit d’être protégé. Plus particulièrement par les démocraties occidentales naguère leur plus puissant phare !

Cette guerre contre l’Iran marquera longtemps le XXIème.  En effet, les nouvelles technologies de l’information, accessibles à tous et à travers le monde entier, ne permettent ni la censure ni le double langage.

Au-delà des contradictions conjoncturelles, qui font partie de la nature des Etats, les Etats Unis d’Amérique se sont globalement imposés au XXème siècle comme le pays des libertés, de la transparence et surtout de l’alternance politique. Les ingérences politiques en particulier en Amérique latine et autres interventions extérieures, apparaissaient souvent comme des exceptions confirmant la gestion politique transparente des USA. Une administration ouverte aux libres critiques internes et externes.

Dans la guerre actuelle contre l’Iran et, de fait, contre le Moyen Orient et bien au-delà, l’économe internationale, le rôle des USA, un état de plus en plus marqué par ses diversités socio culturelles, demeure essentiel, vital. Le président Trump, candidat déclaré au prix Nobel de la Paix, est bien placé pour au moins, arrêter la guerre en cours, qui détruit certes son ennemi iranien mais aussi les amis de l’Amérique dans et hors de la région du golfe arabique.

Les confusions diplomatiques, naguère circonspectes mais désormais notoires entre une grande partie des états membres de l’Union Européenne et les Etats Unis d’une part et avec la Russie d’autre part, ne peuvent qu’interpeller voire inquiéter d’autres régions du monde. Bien plus fragiles celles-là. Habitués aux crises et guerres civiles anarchiques et destructrices, des états africains, mais pas qu’eux, devraient davantage s’en alarmer. Un Occident en pleine incertitude, voire ébranlée, un Est réduit au minimum et un Sud plus global que tiers-mondiste, tel est notre monde actuel plein d’incertitudes et donc de dangers. Le danger de ce contexte international est qu’il ne semble pas fondé sur une logique politique mais plutôt sur une situation mondiale brouillée à plusieurs niveaux : politique, économiques et sociaux. Pire, certains des résultats les plus positifs de l’ère d’après-guerre froide et à la base de ce renouveau sont présentement menacés ! Et cela inclue la fragilisation voire le rejet des pratiques diplomatiques classiques. En d’autres termes, la paix à travers la tolérance, le dialogue et les négociations, non à travers l’usage prioritaire des armes

Le péril de cet environnement international tient, précisément, au fait qu’il ne semble nullement fondé sur une logique politique mais plutôt sur une situation internationale bouleversée à plusieurs niveaux : politiques, économiques et sociaux. Pire, certains des acquis les plus positifs de l’ère post guerre froide et qui constituent sa force, se trouvent eux-mêmes en péril ! Y compris celui de la diplomatie c’est à dire la paix par le dialogue et la mesure et non par l’usage des armes en priorité.

Avec la guerre en cours au Moyen Orient, mené par Israël et les Etats Unis contre l’Iran, u n bouleversement insoupçonné, différent de celui qui suivit la chute du Mur de Berlin le 10 novembre 1989, serait-il en cours? Il l’est sans doute. Le discours herculéen du Président Trump n’y est peut-être pas étranger. Sans doute personnellement plus tolérant qu’il n’apparait, le président américain s’est imposé par un style, plus New yorkais, en d’autres termes occuper en permanence la une des medias et rester ‘’sur la ligne de crêtes.’’ La force et la clarté de son message, ‘’America first,’’ incitent fatalement au retour, partout ailleurs, du nationalisme et au déclin de l’universalisme plutôt rassembleur.

A court terme, ce discours ne facilite pas la coopération entre états et encore moins leur coexistence pacifique. Un nationalisme qui se mondialise, quand bien même il risque d’être synonyme d’exclusions ethniques, de violences et de guerres civiles meurtrières, menace les multiples acquis post guerre froide. Il se trouve à l’opposé des diplomaties de l’après seconde guerre mondiale, fortes d’un internationalisme plutôt pacifique et fondé sur une prospérité économique durable. Dès lors les bouleversements politico diplomatiques, en cours, annoncent-ils, comme en 1989, mais en sens inverse, le début d’une nouvelle ère des relations internationales? Quand bien même l’histoire ne se répète pas, cette question mérite d’être suivie avec attention par les diverses organisations internationales, régionales et aussi et surtout par les sociétés civiles et les presses libres pendant qu’elles le peuvent encore.

Ces incertitudes, amplifiées par une confusion internationale qui se généralise et des nationalismes démagogiques, menacent la paix et la coopération à travers le monde. Pire, elles ouvrent de vastes espaces aux gestions douteuses d’états ainsi libérés du regard neutre des organisations internationales, humanitaires et autres, en particulier celles de droits de l’homme et de la lutte contre la corruption.

En effet, le camp le plus stable et encore le plus rassurant, celui des démocraties, est présentement le plus menacé par le présent  contexte international. Une rupture entre ses membres,  informelle mais manifeste, affecte ses fondements stratégiques : libertés, économie, défense et donc son message universel. Pire, un conflit armé, en son sein, même si encore territorialement limité, y a éclaté et y dure en …Ukraine depuis quatre ans. Une première depuis 1940 ! D’où les actuels ressentiments entre ses membres, néfastes pour tous, mais encore diplomatiques.

Affectés, des états du Sahel, fixés sur le rétroviseur et leur récent passé colonial, restent sur un discours hors temps. Le contexte actuel et  la préparation d’un futur plus prometteur sont ou ignorés ou semblent peu attirants à leurs dirigeants. Cette approche, sans doute un héritage de l’ère de la guerre froide, les rend souvent indifférents, voire insensibles non seulement aux tragiques réalités locales mais aussi aux mutations internationales en cours actuellement.

En notre ère de basculements tragiques et de confusions aux sommets des grandes puissances, pour le Sud global et ses états fragiles, en particulier ceux Sahel, le réalisme reste l’unique approche de prévention des crises et de gestion des conflits face au sérieux retour du tribalisme et de l’impunité de la corruption.

 In fine, le renouveau de la confiance en la démocratie et donc aux Etats Unis, son modèle, reste capital pour la paix et la prospérité à travers le monde. Aujourd’hui, les deux se trouvent menacés par la guerre contre l’Iran qui affecte aussi les monarchies arabes qui, au-delà de la légalité commune à tous les gouvernements établis, bénéficient d’une légitimité historique. Ouverts, sans démagogie, à des relations étroites avec les Etats Unis, y compris la reconnaissance assumée d’Israël, ils ne devraient pas voir leurs économies les plus vitales  – eau, électricité, infrastructures physiques et bien sûr les hydrocarbures, exposées aux destructions. De fait, mettre fin à la guerre contre l’Iran les protège et renforcera la crédibilité de Washington.

Ahmedou Ould Abdallah

Président centre4s

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