vers la fin d’une hégémonie terroriste algérienne au Sahel ?
Interview Ahmedou ould Abdallah par Christine H. Gueye, Sputnik
Pour le président du Centre 4S, Ahmedou ould Abdallah, la mort d’Abdelmalek Droukdal sonne la fin de l’hégémonie algérienne, maghrébine au Sahel. Dans l’affrontement que se livrent actuellement AQMI et Daech au Mali, le fait saillant est l’émergence de chefs terroristes locaux. Une indigénisation qui va rendre plus difficile leur traque. Entretien.
L’élimination d’Abdelmalek Droudkal, le 3 juin, à Talhandak (région de Tessalit, nord Mali), a été saluée comme un succès majeur des forces françaises. Plus connu sous le nom de guerre d’Abou Moussab Abdelouadoud, la mort de cet «émir d’Al-Qaïda au Maghreb islamique* (AQMI) et [de] plusieurs de ses proches collaborateurs» marque la fin du règne des petits émirs algériens au Sahel.

Depuis près d’un quart de siècle, le Sahel fait partie des composantes stratégiques des doctrines politico-diplomatiques et miliaires des Etats et organisations internationales. En plus des facteurs aggravants traditionnels (immensité du périmètre, aridité du sol, conflits autour de ressources non-renouvelables, exacerbation tribale, gouvernance), la région germe de plus en plus les acteurs sociaux et politiques qui se structurent autour d’alliances de circonstances et ponctuelles au gré des intérêts.
Jusqu’alors, les spécialistes du continent africain percevaient, dans l’individualisme, un genre de vie lié à un stade de confort et d’instruction. En 2020, son intrusion massive et sans préavis au milieu de la sociabilité appelle un ajustement du champ de vision et la diète des préjugés ; l’éradication du Covid-19 laisse entrevoir un défoulement d’énergies dont il serait hasardeux de présumer le potentiel d’altruisme et de paix.
En ce mois d’avril 2020, pris dans l’angoisse et la peur de mourir, ou de perdre les leurs, les confinés du Covid – 19, ne peuvent avoir qu’une très pale idée de la hantise et de l’angoisse des Tutsi Rwandais d’avril – juillet 1994. En ces temps-là, le confinement ne protégeait pas de la pandémie. Ni les informations des radios et de la télévision nationale qui, au contraire d’aujourd’hui pour le Covid 19, conseillaient à leurs auditeurs comment donner la mort et encourageaient à en donner davantage.
‘’La seule chose dont nous devons avoir peur est la peur elle-même’’ déclarait à ses compatriotes, frappés par la grande dépression, le président Franklin D Roosevelt. Quatre-vingt-dix ans après, ce message reste actuel face au Covid-19.