XVIII ème Forum de Bamako Février 2018 : Enjeux et défis stratégiques au Sahel

 

Les faits étant connus, il s’agit de suggérer les approches pouvant contribuer à la résolution d’une crise devenue structurelle.

 

Observations et remarques.

 

Trois observations générales me semblent nécessaires pour introduire cette intervention. Premièrement, plus une crise dure et s’enracine et plus elle génère et nourrit les conditions de sa perpétuation. Elle devient structurelle et un terrain d’enjeux dont les objectifs, changeants, vont au-delà des causes initiales du conflit initial. Consciemment ou non, toutes les parties trouvent leurs intérêts dans sa poursuite qui génère une économie de guerre réfractaire à tout règlement rapide. Les exemples sont légion : Afghanistan, Somalie, Soudan, Yémen, etc. Dénoncer un ‘’un complot extérieur’’ n’apporte pas la solution.

 

Deuxièmement, après une certaine durée, au-delà de six à douze mois, les interventions politiques et militaires cherchant à mettre fin au conflit ont tendance à entrer en conflit les unes avec les autres. Elles se neutralisent et deviennent non opérationnelles. Le médiateur principal ne peut plus exercer son rôle de leadership dans les négociations car d’autres intervenants, officiels ou officieux, se trouvent sur le même terrain et souvent avec des moyens considérables.

 

Troisièmement, dans les faits, la gestion de la crise cesse d’être la priorité. L’harmonisation des positions des différents intervenants extérieurs dans la gestion de la crise, afin d’éviter de graves contradictions au sein de la communauté internationale et s’assurer que réfugiés et déplacés internes ont accès à l’aide humanitaire, devient un objectif principal.

 

Parmi la multitude des questions à résoudre, le règlement final de la crise, naguère prioritaire, risque alors de ne plus être qu’un objectif secondaire et en tout cas lointain.

 

C’est l’ensemble de ces observations et d’autres facteurs dont il faut tenir compte dans la recherche de la gestion de la crise actuelle du Sahel.

 

Le Sahel, une crise complexe.

 

La crise du Sahel, dont le Mali reste l’épicentre, est une menace à la fois nationale, régionale et internationale. Pour y faire face, c’est-à-dire contenir, et mettre fin à cette menace, la réponse doit être multiforme. A cet effet, elle doit inclure plusieurs parties comme cherche à le faire le groupement du G 5 Sahel, une alliance militaire regroupant le Burkina Faso, le Mali, la Mauritanie, le Niger et le Tchad.

 

Cet effort militaire reste prioritaire quand bien même il n’est pas suffisant. Il doit être régional et, en particulier, appuyé par les Nations Unies, la France, l’Union Européenne et les Etats Unis. Cet effort est nécessaire et indispensable. Il aura cependant besoin du soutien, ou tout au moins, de la neutralité de certains pays de la région : Algérie, Maroc, Nigeria, Sénégal et Tunisie. De fait, la menace évoluant, il est important de s’assurer de l’appui de ces états afin d’éviter les erreurs de perception ou de jugement de leur part et aussi des infiltrations d’éléments terroristes.

 

Un contexte régional apaisé, sans ‘’spoilers’’ ou états perturbateurs, dispose de plus d’atouts pour mieux résoudre la crise du Sahel. Cependant, la réussite régionale sera plus durable, voire irréversible, si au niveau de chaque pays des mesures d’accompagnement structurelles, politiques et économiques, sont mises en œuvre.

 

Réponses à la crise du Sahel.

 

Une réponse multiforme c’est, en plus du militaire, apporter les dimensions politiques et économiques internes aux efforts de règlement nationaux et internationaux. Cette approche implique une meilleure gestion publique des états. En d’autres termes, les pouvoirs centraux doivent tout entreprendre afin d’être respectés et donc acceptables aux populations de leurs pays. Les gouvernements du Sahel doivent prouver à ces populations leur utilité et pas seulement leur présence là où elle est visible.

 

Sans une implication des populations rurales, en particulier celles des régions frontalières, les rebellions auront encore de beaux jours devant eux. A ce niveau, les gouvernements du Sahel seraient bien inspirés, et leurs alliés extérieurs avec eux, de reconnaitre que la crise est de plus en plus un conflit structurel, bien enraciné. A cet effet, en plus de la réponse militaire, il faut aussi une approche économique et politique.

 

Une des réponses économiques les plus porteuses sera une gestion saine des ressources publiques. Mettre fin à l’impunité de la corruption de officiels et de leurs entourages, une mesure de salubrité publique, est prioritaire. Sur le plan politique, en temps de crise, et à fortiori de guerre, la constitution de coalitions nationales est indispensable à la formation de solides fronts intérieurs.

 

Ces fronts renforcent les alliances régionales et internationales qui ont toujours besoin de socles solides dans leurs états où ils interviennent. Vouloir lutter contre un ennemi armé et déterminé, tout en continuant d’ignorer et même de pourchasser une opposition représentative, revient à donner des coups d’épées dans l’eau. De tout temps, et en tous lieux, la constitution de fronts nationaux a fait partie des mesures politiques visant à gérer une guerre. Au Sahel, les pays concernés et leurs alliés extérieurs, continuent de vouloir passer outre ce minimum d’une sagesse mille fois prouvée.

 

En conclusion, les gouvernements du Sahel et leurs alliés extérieurs ne peuvent ignorer que la sécurité des pays et de la région est aussi liée à la mauvaise gestion interne des pays.

C’est celle-ci qui alimente largement le terrorisme. Des lors, des soutiens extérieurs non maitrisés peuvent aggraver les crises au lieu de les résoudre. De fait, ces soutiens doivent aller au pays réel et pas seulement au pays officiel dont la nuisance, ou tout au moins l’inutilité, n’est plus à prouver.

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